Radio JudaïcaNew Tech - La fin du 9h–17h… et le piège de l'IA
S06E25 - Judaica - Chronique New Tech -
La fin du 9h–17h… et le piège de la “journée infinie”
Bonjour à toutes et à tous,
Il se passe dans nos journées de travail une sorte de basculement silencieux : le “9h–17h” se délite. Télétravail, horaires flexibles, missions ponctuelles, et surtout intelligence artificielle : on ne mesure plus le travail par la présence, mais par le résultat.
Sur le papier, c’est une promesse de liberté. Dans la réalité, c’est souvent l’inverse : une journée qui n’a plus de bords.
Microsoft a mis un mot là-dessus : “l’infinite workday”, la journée de travail infinie. Selon leurs données issues de Microsoft 365, une part massive des actifs commence très tôt, reprend tard, et subit une fragmentation continue du temps de concentration. Le rapport cite notamment 40% des personnes qui consultent leurs e-mails avant 6h, et une hausse des réunions après 20h.
Le problème n’est pas seulement “on travaille plus”. Le problème, c’est on travaille morcelé. Les heures où l’on est naturellement le plus efficace sont capturées par des réunions, des messages, des notifications. Microsoft note que la moitié des réunions se concentrent entre 9–11h et 13–15h, c’est-à-dire pile quand beaucoup ont un pic d’énergie. Résultat : le “vrai travail” se décale au matin tôt, au soir tard, ou au week-end.
Et c’est là que l’IA change la donne, dans les deux sens.
L’IA accélère : certaines tâches qui prenaient deux heures en prennent vingt minutes.
L’IA multiplie : puisque c’est plus facile, on en demande plus. Plus de versions, plus de slides, plus de réponses, plus vite.
L’IA rend disponible : on attend de vous une réactivité “augmentée”, puisque les outils le permettent.
Donc le 9h–17h ne meurt pas remplacé par “moins de travail”. Il meurt remplacé par un travail partout.
La sortie est simple à énoncer, difficile à appliquer : reconstruire des frontières.
Revenir à une logique d’heures sanctuarisées : blocs sans réunions, sans messagerie.
Transformer l’IA en filtre, pas en accélérateur d’urgence : elle trie, résume, prépare, mais ne crée pas une obligation de répondre dans la minute.
Exiger une culture d’entreprise qui valorise l’asynchrone : on n’a pas besoin d’être connectés en même temps pour avancer, si les objectifs et les livrables sont clairs.
Ce sujet résonne particulièrement dans une culture qui connaît la valeur d’un temps protégé, d’un temps déconnecté, d’un temps où l’on cesse de produire pour redevenir humain.
Le futur du travail n’est pas “plus flexible”. Le futur du travail est : qui contrôle le temps. Celui qui contrôle le temps contrôle la vie.
À la semaine prochaine !